Les leçons d’une primaire .

Les 536 inscrits à la primaire organisée par l’association Roubaix 2020 n’ ont pas à regretter ce test grandeur nature de démocratie citoyenne ,  outre le fait que c’est la première fois qu’un tel exercice a lieu à Roubaix et que son bon  déroulement ait été salué par tous  , son résultat est sans appel  : André Renard va avoir la lourde tâche dans les prochains mois de construire un projet et de de bâtir une équipe à la hauteur des défis  auxquels est confrontée la ville de Roubaix .

La majorité municipale sortante entretient depuis 2014 l’illusion d’une ville innovante , en pointe dans tous les domaines  à grands renforts d’une communication envahissante et d’autosatisfaction permanente , en oubliant que la plupart des opérations qu’elle inaugure ont été initiés par d’autres . L’arrogance dont elle témoigne et le parti pris de s’appuyer avant tout sur sa base électorale du sud de Roubaix lui ont fait perdre le sens des réalités des quartiers .

Construire un projet qui donne envie , allier compétences , expériences  et renouvellement dans cette aventure ; rassembler du centre à la gauche une équipe à l’image de Roubaix  sont les conditions du succès . C’est le défi que s’est donné Roubaix 2020 au lendemain de sa Primaire  , je suis convaincu que les résultats des élections européennes ne manqueront pas de ramener à une plus grande lucidité celles et ceux qui n’ont pas encore réussi à surmonter jusqu’ici leurs égos .

 

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Algérie : pourquoi autant de prudence?

Le moins que l’on puisse dire est que la France est  toute en retenue par rapport au vent de révolte qui ne cesse de croître en Algérie depuis l’annonce de Bouteflika  de solliciter un 5ème mandat présidentiel. C’est dire que les rapports entre la France et l’Algérie n’ont jamais été simples depuis l’indépendance , et s’apparentent plus au je t’aime moi non plus .

la jeunesse algérienne qui représente plus de 50% de la population ne comprend pas la frilosité des autorités françaises dans la gestion des visas et des autorisations de séjour , sa composante la plus politique conteste la complaisance des officiels français vis à vis d’un régime opaque où  les clans se neutralisent sous la surveillance d’une armée toute puissante qui s’est en même temps accaparée des richesses du pays .

Cette jeunesse conteste la légitimité de la classe politique dirigeante et entend  tourner la page d’un Bouteflika au pouvoir depuis 1999 mais qui depuis 2013 est un Président qui est dans l’incapacité d’exercer le pouvoir . Le rappel insistant de la décennie noire et de ses massacres ne suffit plus à l’inciter à se taire .

Dans ce contexte aussi volatile  , on peut comprendre la difficulté de la France à trouver le ton juste sans être accusée d’ingérence . On ne peut aussi passer sous silence le rôle de l’armée algérienne dans la lutte contre le terrorisme à ses frontières qui amène la France à se garder de toute posture qui pourrait apparaître comme une critique du régime algérien .

Mais pour autant , il existe suffisamment de canaux relationnels entre la France et l’Algérie pour espérer que la première agisse pour une sortie de crise raisonnable passant par la renonciation définitive de Bouteflika à solliciter un nouveau mandat , et l’organisation d’une conférence nationale mettant sur les rails une nouvelle république algérienne qu’appelle de ses voeux la jeunesse algérienne . Mais peut-être suis jeà ce sujet trop optimiste ?

 

Attention danger

Les propos  abjects  proférés samedi à l’encontre d’Alain Finkielkraut ont provoqué une onde de  choc qui n’est pas prête à s’éteindre . Ils remettent au centre de l’actualité une montée de l’antisémitisme particulièrement inquiétante  qui s’entremêle à la crise des gilets jaunes .

La violence physique et verbale qui s’exprime , la haine  revendiquée par certains , jettent un véritable trouble dans l’opinion  , et font douter du vivre ensemble . Sur la dénonciation de l’antisémitisme il ne peut y avoir de place à l’ambiguïté et au oui mais sauf à apparaître complice comme l’a rappelé avec force Yannick Jadot . Il est à cet égard regrettable que Jean Luc Mélanchon  ait entretenu le flou dans sa réponse . Il est tout aussi choquant de faire comme si l’antisionisme  n’avait rien à voir avec l’antisémitisme .

La lutte contre le racisme sous toutes ses formes est plus que jamais d’une urgence absolue , les postures n’y ont pas leur place . L’appel à manifester mardi 19 février de 14 partis politiques contre l’antisémitisme peut être l’occasion , du moins je l’espère , de rappeler à chacun sa responsabilité et à ceux qui en sont absents de leur donner l’occasion de clarifier leur position .

deux bonnes nouvellles pour le patrimoine roubaisien .

A quelques jours de distance  deux éléments majeurs du patrimoine roubaisien ont été sous les feux de l’actualité : le couvent des clarisses dans le quartier de l’Epeule et le couvent de la visitation dans le quartier de l’Hommelet . Comme je le disais à la voix du nord le 25 janvier dernier , la préfiguration d’un tiers lieu dans les locaux de l’ancien couvent des clarisses consacré au zéro déchet et à l’économie circulaire   est à même de rompre avec une période d’immobilisme faute de projet crédible , mais quand une action va dans le bon sens on aurait tord de faire la fine bouche . Outre le fait qu’elle contribue à donner des perspectives d’avenir à un élément majeur du patrimoine roubaisien  , les habitants comme les associations impliqués dans le développement durable et l’économie circulaire auront un lieu et des espaces pour échanger autour de leurs pratiques et de leurs expériences . Reste qu’il faut rester modeste, car en l’état le projet ne concerne qu’une toute petite partie de l’ensemble immobilier  des clarisses , d’ailleurs situé dans les locaux attenants au couvent  de l’ancienne école Ste Claire ,  mais il faut un début à tout !

L’autre bonne nouvelle pour le patrimoine roubaisien est le résultat de l’appel à projet lancé par Vilogia concernant l’ancien couvent de la visitation  à l’Hommelet . Acquis par la ville en 1977 , rétrocédé sauf la partie jardin devenu le seul espace vert du quartier avant la création du parc du nouveau monde , à la Sahrnord  , bailleur social sous égide du CIL avant sa rétrocession à Vilogia , cet ensemble immobilier était vide de tout habitant depuis plusieurs années . Particulièrement bien situé en bordure du canal , implanté dans un quarter ayant bénéficié de plusieurs programmes de rénovation urbaine , il lui manquait la conjonction d’une équipe d’architectes astucieux et l’appui d’un maître d’ouvrage convaincu qui plus est impliqué dans les opérations de Lille Métropole Capitale Mondiale du Design pour 2020 . Articuler la transformation de l’ancien couvent à cette opportunité méritait d’être tenté .

 

Le grand débat national : mais pourquoi faire?

Emmanuel Macron est en campagne , inutile d’insister son on man show à Bourgtheroulde devant les maires normands est là pour le prouver . Il ne s’agit pas de bouder le grand débat national qu’il a initié et qui va se décliner durant 2 mois sur tout le territoire mais de faire en sorte que ce débat soit utile et apporte au final des réponses concrètes aux attentes des Français .  

Les interpellations des gilets jaunes pour plus de justice fiscale , celles des élus locaux qui s’insurgent de la machine à broyer qu’est devenu l’Etat rendant plus difficile la proximité qu’ils entretiennent avec leurs administrés , les demandes exprimées de respiration démocratique à travers le référendum d’initiative citoyenne  , et une haine , n’ayons pas peur des mots , contre la morgue et l’arrogance de la classe dirigeante , ne peuvent rester sans réponse .

Sur quoi va déboucher en effet ce happening sans précédent que constitue ce grand débat national ? son démarrage ne rend pas forcément optimiste . Emmanuel Macron , à vouloir se mettre en scène et battre la campagne ,  est rattrapé par son travers : celui d’une pédagogie hautaine et décalée par rapport à l’exigence de mesures immédiates . Qui plus est certains de ses ministres ne font rien pour arranger la situation . Les bourdes  répétées de Benjamin Griveaux en sont une bonne illustration . La confiance ne se décrète pas , en appeler à celle des maires et des citoyens  alors que par ailleurs on affirme haut et fort qu’il n’est pas question de changer de cap apparait bien présomptueux . 

Bien malin qui pourra dire qu’elle sera la situation au sortir de ce débat et les choix qui seront faits : référendum à questions multiples , conférence sociale . C’est dans tous les cas une lourde responsabilité que porte Emmanuel Macron .Dans ce contexte de crise sans précédent , il semble bien seul et ce n’est pas LRM qui en est réduite à répéter des éléments de langage  qui lui sera d’un grand secours .

La République en marche en panne ?

Rarement un désamour n’aura été aussi rapide , il aura suffit en quelques mois de l’affaire Benalla  ( qui est loin d’être finie ! ) de l’intrusion des Gilets Jaunes que peu avaient vu venir , d’une croissance poussive , pour que dégringole la côte de popularité d’Emmanuel Macron désormais l’objet de toutes les critiques : hautin , arrogant , Président des riches  , l’archétipe d’une élite ne comprenant rien aux difficultés de celles et ceux qui se considèrent comme déclassés , incompris , et qui vivent comme une véritable injustice la suppréssion de l’ISF ou l’augmentation de la CSG .

Les alertes des experts en tout poil n’avaient pourtant pas manqué ces dernières années  sans que l’on y prenne garde , et à lui seul Emmanuel Macron ne peut-être taxé d’être responsable des renoncements passés et de ce mal français reposant sur l’illusion que l’Etat peut tout ( en oubliant au passage les citoyens )  que l’empilage de lois suffit à rendre pertinentes  et efficaces des politiques publiques ( alors que dans le secteur du logement c’est tout le contraire auquel on assiste ) et que la France pourrait échapper comme par enchantement aux désordres mondiaux et à la crise climatique .

Nous ne sommes pas en 1789 ni le soir du 13 mai 1968 , mais il y a même exprimée de façon confuse une aspiration à des transformations en profondeur reposant sur des valeurs de solidarité , de justice , d’un meilleur partage des richesses , d’une ouverture aux autres , d’une autre façon de vivre et de consommer .C’est pourquoi vouloir brider le débat annoncé par Emmanuel Macron est une grave erreur . Donner la parole , c’est en permettre la plus large expression , et en respecter la diversité , faut de quoi ce sera un simulacre de débat et une occasion perdue , prélude  à de nouveaux orages . Il n’est pas sûr du tout que les parlementaires de LREM en aient la capacité et la lucidité .

Philippe Petain : L’erreur d’Emmanuel Macron .

A vouloir trop parler : on se prend les pieds dans le tapis . Tout à sa volonté d’assurer la continuité d’un récit historique Emmanuel Macron a mis en parallèle le chef de guerre vainqueur de Verdun et le responsable d’un régime totalement compromis dans sa collaboration avec les Nazis , sans compter un antisémitisme particulièrement brutal . Certes d’autres chefs d’Etat ( De Gaulle , Pompidou , Chirac ) se sont exprimés avant lui dans des termes assez identiques , sans oublier François Mitterand qui faisait fleurir comme ses prédécesseurs la tombe de Philippe Petain à l’île d’Yeu , mais Emmanuel a franchi un pas supplémentaire en insistant sur la légitimité de Philippe Petain à être associé à l’hommage qu’entendait faire l’Etat major des armées aux 8 maréchaux vainqueurs de la 1ère guerre mondiale .

La mise au point de la Ministre des armées ramenant l’hommage aux seuls maréchaux enterrés aux Invalides ( Foch , Lyautet , Maunoury , Fayolle , et Franchet d’Espery ) a amené un rétropédalage en rapport avec la sortie de route commise par Emmanuel Macron . Le   » en même temps  » n’a pas sa place sur un sujet aussi sensible que celui concernant le régime de Vichy . Le jugement de la Haute Cour de justice intervenu en 1945 et l’indignité nationale frappant Philippe Petain sont là pour rappeler que la poignée de mains de Montoire avec Hitler , les lois antisémites , le Vel d’Hiv , et les exactions de la Milice sont des tâches indélibiles excluant une quelconque légitimité à quoi que se soit . A cet égard Emmanuel a commis un faute politique et une faute morale .