Réequilibrer Roubaix ?

La « petite phrase  » de MAP lors de la réunion publique tenue sur l’avenir du secteur de Crouy n’est pas passée inaperçue : on a accueilli beaucoup trop de personnes modestes à Roubaix et ça a crée un déséquilibre sociologique .Il faut rééquilibrer .Ce n’est pas la première fois que MAP tient ce type de propos,  et revendique la mise en oeuvre d’une politique du logement où la part du logement social serait réduite à la portion congrue au bénéfice d’une offre de logement  résolument réorientée en direction des classes moyennes , le tout adossé à une stratégie urbaine assumée de dédensification .

Les plus modestes ont du souci à se faire , seraient -ils devenus des citoyens de seconde zone ,eux qui constituent la majorité de la population roubaisienne ? MAP oublie aussi qu’il est le Président de Partenord Habitat  un des bailleurs sociaux majeurs de la MEL et du Département . Derrière celà il y a le rêve inavoué  d’un Roubaix  d’où seraient disparus celles et ceux qui modestes , pauvres et précaires empêcheraient son réaménagement et son attractivité . Belle illustration de l’expression d’une politique de droite dans ses aspects les plus fermés voire sectaires .

Roubaix est une terre de contrastes , il faut en assumer l’héritage comme il faut créer les conditions d’une ville où la recherche de qualité , d’excellence , d’innovation et de solidarité bénéficie à tous ses habitants . En matière de logement , la priorité n’est pas de rêver dans un Roubaix virtuel , mais bien de permettre à celles et ceux qui y habitent d’accéder ou de se maintenir dans un logement social ou non de qualité , et par voie de conséquence de diversifier l’offre de logement ( du locatif à la promotion privée en passant par l’accession sociale à la propriété , dans le neuf comme dans l’ancien)  C’est aussi attirer de nouveaux habitants  , et de jouer sur les atouts que possède la ville dans de multiples domaines . Concilier et non pas imaginer une politique de gribouille qui finalement stigmatise Roubaix et la marginalise .

Le contenu et les priorités du futur PNRU porteront ou non la marque de cette ambition .Force est de constater qu’elle n’en prend pas le chemin , pas étonnant dans ces conditions que Lille et Tourcoing tirent les marrons du feu !

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le logement social à Roubaix : quelques vérités à rétablir .

On ne peut pas contester à Max André Pick la continuité dans ses propos concernant la place du logement social à Roubaix ; elle est trop importante , elle est responsable d’un appel d’air de populations à trop faible revenus contraire à l’objectif affiché de mixité sociale , une pause dans la construction de nouveaux logements sociaux s’impose ..quitte à commettre quelques erreurs comme lors d’une récente réunion publique où la part de logements sociaux à Roubaix est passée à plus de 50% alors qu’elle est en réalité de 40%.

La place du logement social à Roubaix ne doit rien au hasard , c’est oublier un peu vite qu’avant la 2ème guerre mondiale , la ville avait été pionnère en matière de constructions de logements sociaux qui à l’époque constituaient une avancée sociale considérable ; c’ est de ne pas tenir compte dans ces 40% de logements sociaux  , des milliers de logements construits en remplacement des logements insalubres des cours et des courées de Roubaix ou pour terminer son urbanisation comme dans les quartiers des Hauts Champs et des 3 Ponts .

Il n’y a pas , il n’y a pas eu dans cette situation , un parti pris pour privilégier systématiquement le logement  social au détriment du logement privé , mais la préoccupation constante de permettre aux habitants de Roubaix d’accéder à un logement décent et tenant compte de leurs moyens .Stigmatiser le logement social à longueur de réunions est oublier en même temps que celui -ci est un produit de plus en plus de qualité  , répondant en tout point aux exigences des économies d’énergie .

Il faut tordre aussi le  coup à ce qui serait une dérive , il ne s’agit pas dans les opérations de rénovation urbaine d’augmenter la part de logements sociaux  , mais bien de démolir ceux qui ont mal vieillis ou qui ne correspondent plus aux standarts d’habiter d’aujourd’hui , et de les remplacer sur site ou dans d’autres sites de Roubaix (par ex sur le foncier libéré et porté par l’EPF ) par de nouveaux programmes où l’idéal serait de mixer une offre d’habitat associant le libre , le locatif comme l’accession à la propriété.

La dédensification n’est pas pour moi  un »gros mot  » elle est parfaitement compatible avec un urbanisme n remodelant les quartiers trop denses , dans des formes urbaines où l’habitat puisse côtoyer espaces publics de qualité , équipements ,et moyens de transports en commun garantissant aux habitants une mobilité améliorée .Mais où je diverge totalement avec MAP c’est que celle-ci n’a pas à servir d’alibi à ne plus construire de logements sociaux à Roubaix et à se défausser sur les autres communes .A pourcentage constant , il faut faire mieux en dédensifiant , diversifiant l’offre de logement , en la répartissant de façon plus équilibrée sur le territoire .Les habitants de Roubaix concernés par le futur PNRU doivent avoir le droit de rester dans leur commune d’origine ou d’accueil comme à celui d’opter pour la quitter.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Anru 2 : les retards de la ville de roubaix

J’ai déjà eu à deux reprises l’occasion de m’exprimer sur l’Anru 2 ,le 27 fevrier et le 11 avril 2017 pour regretter la  » timidité  » de la ville de Roubaix dans le montage du dossier de l’Anru 2 . La ville de Tourcoing à quant à elle clairement annoncé la couleur en proposant un réaménagement en profondeur du quartier de la Bourgogne comportant la démolition de plusieurs centaines de logements , pour Roubaix , on est toujours dans l’expectative .

Ce ne sont toutefois pas les études qui font défaut , puisque une bonne dizaine de celles-ci ont été lancées ou réalisées sur le territoire de Roubaix en matière d’habitat , de stratégie à mettre en oeuvre sur les quartiers susceptibles d’être concernés par les futurs programmes du prochain PNRU , etc . On peut comprendre les précautions prises  pour cadrer un dossier qui tienne compte des spécificités roubaisiennes où la reconquête du parc privé ancien et inconfortable est un enjeu majeur et incontournable , et du temps nécessaire à la concertation et à l’information , mais on ne part pas de rien dans une ville qui a géré un des dossiers les plus importants de rénovation urbaine en Région Hauts de France dans ces dernières années .

Les enveloppes financières nationales consacrées à la rénovation urbaine , même en tenant compte des annonces du Président de la République à Tourcoing ,ne prêtent pas rêver , et l’on sait que nous sommes sur des opérations au long cours , raison de plus pour ne pas faire du « sur place » et mettre clairement sur la table les choix de la ville et les verrous à lever .Oui il faudra avoir le courage de dire que nous aurons besoin de démolir à l’Alma comme à l’Epeule des logements déjà réhabilités au moment du GPV mais dont les formes urbaines et le peuplement ne permettent plus une vie équilibrée .Démolir mais aussi reconstruire ,et donc reloger , à Roubaix comme dans le reste de la Métropole .C’est un des points de divergence majeurs avec la majorité municipale cramponnée à ses objectifs de dédensification et de diminution de la part du logement social dans le parc immobilier roubaisien .

La bonne stratégie n’est pas d’expatrier des familles roubaisiennes à l’occasion  de la rénovation urbaine , mais au contraire de leur donner des choix  de rester à Roubaix à travers le développement d’une offre de logement articulant le logement libre , le logement social voire très social comme l’accession à la propriété sous toutes ses formes .Le portage de foncier par l’EPF  comme le foncier libéré par le PNRU peuvent et doivent être mis à contribution pour atteindre cet objectif.

Dans les autres défis à relever , il y a la reconnaissance  par l’Anru d’un statut d’intérêt national pour les opérations de rénovation urbaine à venir sur le territoire roubaisien (mais pas que )en raison de leur complexité et de leur spécificité , où l’action sur l’habitat privé , la construction neuve , les interventions sur l’espace public , les équipements  ,les services demandent à être traités de concert .

Dans cette optique , la maîtrise du temps est précieuse.Il est dommage d’avoir laissé filer ces dernières années au lieu d’avoir su finaliser un dossier majeur pour Roubaix qui reste à ce jour virtuel .Or à Roubaix les années comptent double voire triple , alors que l’écart se creuse de nouveau de façon alarmante avec Lille .

le grand chamboulement

Mises à part la fin de la 4ème République et les débuts de la 5ème , rarement le paysage politique aura été aussi profondément chamboulé , et ce n’est pas fini . LREM est en train de faire imploser en même temps la droite comme la gauche , face à une France Insoumise qui cherche un second souffle et un Front National où le malaise est réel et qui ne se remet toujours pas du débat calamiteux de Marine Le Pen entre les deux tours .

La droite se cherche un chef , mais la posture de son challenger , son euroscepticisme , ses références à une identité nationale proche du FN , ravivent des plaies mal cicatrisées et font réapparaitre des divergences idéologiques profondes .On voit de plus en plus mal comment des sensibilités et des ambitions aussi diverses que celles de Valérie Pécresse , de Christian Estrosi , de Xavier Bertrand , de celles de juppéistes comme Maêl de Calan , ou de NKM , vont pouvoir cohabiter et s’entendre sur le fond .Il n’y a pas beaucoup de choses en commun entre le gaullisme social héritier de Philippe Séguin et le discours sécuritaire d’un Ciotti !

La situation n’est guère n’est plus brillante pour le Parti Socialiste .Il a perdu son aile gauche avec le départ de Benoît Hamon , il s’est vidé de ses militants , et surtout il ne fait plus envie .Tel qu’il est le parti socialiste modèle Epinay est mort . Sa reconstitution demandera du temps, beaucoup de temps , pour retrouver une crédibilité et une légitimité lui permettant de peser à nouveau dans l’échiquier politique .Il a toutefois pour lui des quadras brillants , et le fait que les valeurs et les aspirations socialistes , au coeur de notre histoire politique , n’ont pas  disparu comme par enchantement avec LREM.le chemin ne sera pas facile , il y faudra beaucoup d’humilité , c’est à ce prix que pourront se rebâtir des alliances reposant sur la confiance avec les autres composantes de gauche : les Verts comme la France Insoumise en vue des prochaines échéances électorales ,en particulier les elections municipales  de 2020 ou 2021 .

La recomposition du paysage politique est loin d’être terminée ,LREM a été l’artisan de son prologue , ira t’elle jusqu’à bouleverser durablement le paysage politique de notre pays  ? il  serait prématuré d’y répondre . Tout le monde s’accorde néanmoins pour dire que LREM  a dynamité la droite , réduite désormais à la portion congrue d’un parti républicain qui se droitise  dangereusement , et marginalisé ce qui restait des sensibilités centristes . Compte tenu du temps qu’il faudra au parti socialiste  pour retrouver des couleurs , et des forces divergentes à l’oeuvre au sein du FN  , la seule force d’oppposition  est pour le présent la France Insoumise , qui aurait cru à ce scénario il y a 18 mois ?

retour sur la visite d’Emmanuel Macron

Une soiréee à Lille et Roubaix , une matinée entière à Tourcoing , le tout précédé de quelques heures à Clichy , E. Macron a traité à sa façon  » la politique de la ville  » c’est à dire conforme à ses choix .Le salut des banlieues et des villes en politique de la ville viendra de l’économique et non pas du traitement social , pratique de l’ancien monde .

le discours s’est voulu résolument volontariste ,mais combien de fois n’a t-on pas entendu les mêmes rappels , les mêmes engagements depuis le lancement de la politique de la ville ! Plusieurs mesures rassurent comme la sanctuarisation des subventions aux associations ou le maintien des emplois aidés ; d’autres concernent directement Roubaix ou Tourcoing comme la relance des emplois francs et l’expérimentation de la police du quotidien .

Mais les doutes ne sont pas pour autant levés. Dire que l’Etat sera au rendez -vous de la rénovation urbaine c’est bien , mais dans le même temps  porter atteinte aux capacités d’action des bailleurs sociaux va dans le sens contraire . Remettre en cause séchement les emplois aidés est une bien curieuse manière de crédibiliser l’engagement d’en préserver par ailleurs le maintien.Supprimer l’APL pour les accédants à la propriété comme le prévoit la loi de finances 2018 est à l’inverse du souhait de favoriser la mixité sociale . Laisser à chaque commune le soin de détricoter à leur convenance les rythmes scolaires est le plus sûr moyen de pénaliser parents et enfants des quartiers populaires .

Oui il y a doute mais aussi malaise dans le déroulé et le contenu de ce déplacement présidentiel .Celui d’enregistrer que GD fidèle à lui -même n’ait pas pris le temps de consulter les acteurs de terrain ,opposition comprise.Celui de constater une programmation du déroulé interdisant de fait toute visite de terrain , y compris le plus proche comme le quartier du Pile .Chacun enfin appréciera le choix du lieu d’accueil pour la soirée roubaisienne .Sans remettre en cause la symbolique de la Condition  Publique , il n’est pas sûr que tout les acteurs roubaisiens de la poltique de la ville s’y soient retrouvés.

 

le quartier de l’Union à la traine .

Les Maires de Roubaix et de Tourcoing n’étaient pas peu fiers il y a 2 ans de nous annoncer qu’avec eux les choses allaient changer à l’Union . Des Conseils municipaux communs  comme preuve d’une volonté d’afficher des ambitions partagées pour l’aménagement et la gestion de ce nouveau quartier . Cerise sur le gâteau , la demande faite à la Région et à la Mel d’y implanter un palais omnisports d’une capacité de 6000 places .

Deux ans après , il y a loin de la coupe aux lèvres . L’aménagement du quartier marque le pas , on ne connait toujours pas les grandes lignes du nouveau schéma directeur du quartier  confié au successeur de Jean Badaroux , le précédent Directeur général de la Sem ,  la réalisation des voieries poursuit un chemin pour le moins chaotique , et les nouvelles opérations logement se font toujours attendre , comme la venues de nouvelles activités économiques .

Le CETI , la Plaine Images , les sièges de LMH et de Vinci , La Tossée , le parc Urbain et Kispta , Mercure , l’atout de la voie d’eau , pour importants qu’ils soient , restent bien isolés dans leur environnement . Il n’y pas de hasard à cette situation , en rupture avec  la stratégie des élus des majorités municipales précédentes . En réalité , l’Union n’est plus la priorité des maires actuels de Roubaix , Tourcoing , j’y ajouterais même celle du maire de Wattrelos .

La reconstruction du quartier de la Bourgogne et le centre ville pour le premier , le développement de Blanchemaille pour le second , la création d’une nouvelles centralité pour Watttrelos pour le 3ème ne jouent pas en faveur du quartier de l’Union . Mais le plus grave n’est peut-être pas là , c’est le constat du fossé qui ne cesse de s’élargir entre lille et le versant nord -Est . l’histoire se répéterait -elle ?

 

savoir garder raison !

Le rapport annuel sur la DSU et ses chiffres alarmants nous ramènent à une réalité sur laquelle la majorité municipale n’aime pas trop s’étendre , celle d’un Roubaix où  la précarité sous toutes ses formes s’aggrave . Celle-ci se rassure en communiquant à  » tout va  » sur ses réussites dans le numérique , la notoriété de ses équipements culturels , ses initiatives en matière de développement durable ( du zéro déchet à la ville nourricière ) le foisonnement de sa vie associative

Sans contester ces évolutions positives , il serait temps de revenir sur terre et de lever plusieurs contradictions .On ne peut pas se revendiquer comme la ville « des bonnes affaires  » et assister à la dégradation accélérée du commerce local.On ne peut pas ramener la rénovation urbaine à la seule réussite de la  » maison à 1e  » ou à la perspective d’une décroissance urbaine . On ne peut pas parler de la ville du futur , sans remettre au centre des priorités municipales : l’éducation alors que l’on déshabille la réforme des rythmes scolaires .On ne peut pas afficher une ambition métropolitaine en laissant en friche l’aménagement du quartier de l’Union .

Ne pas répondre à ces questions est le plus sûr moyen de marginaliser de Roubaix et d’en faire durablement une ville fracturée .La ville de Roubaix ne mérite pas ça et une telle légéreté de la part de la majorité municipale .