retour sur la visite d’Emmanuel Macron

Une soiréee à Lille et Roubaix , une matinée entière à Tourcoing , le tout précédé de quelques heures à Clichy , E. Macron a traité à sa façon  » la politique de la ville  » c’est à dire conforme à ses choix .Le salut des banlieues et des villes en politique de la ville viendra de l’économique et non pas du traitement social , pratique de l’ancien monde .

le discours s’est voulu résolument volontariste ,mais combien de fois n’a t-on pas entendu les mêmes rappels , les mêmes engagements depuis le lancement de la politique de la ville ! Plusieurs mesures rassurent comme la sanctuarisation des subventions aux associations ou le maintien des emplois aidés ; d’autres concernent directement Roubaix ou Tourcoing comme la relance des emplois francs et l’expérimentation de la police du quotidien .

Mais les doutes ne sont pas pour autant levés. Dire que l’Etat sera au rendez -vous de la rénovation urbaine c’est bien , mais dans le même temps  porter atteinte aux capacités d’action des bailleurs sociaux va dans le sens contraire . Remettre en cause séchement les emplois aidés est une bien curieuse manière de crédibiliser l’engagement d’en préserver par ailleurs le maintien.Supprimer l’APL pour les accédants à la propriété comme le prévoit la loi de finances 2018 est à l’inverse du souhait de favoriser la mixité sociale . Laisser à chaque commune le soin de détricoter à leur convenance les rythmes scolaires est le plus sûr moyen de pénaliser parents et enfants des quartiers populaires .

Oui il y a doute mais aussi malaise dans le déroulé et le contenu de ce déplacement présidentiel .Celui d’enregistrer que GD fidèle à lui -même n’ait pas pris le temps de consulter les acteurs de terrain ,opposition comprise.Celui de constater une programmation du déroulé interdisant de fait toute visite de terrain , y compris le plus proche comme le quartier du Pile .Chacun enfin appréciera le choix du lieu d’accueil pour la soirée roubaisienne .Sans remettre en cause la symbolique de la Condition  Publique , il n’est pas sûr que tout les acteurs roubaisiens de la poltique de la ville s’y soient retrouvés.

 

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le quartier de l’Union à la traine .

Les Maires de Roubaix et de Tourcoing n’étaient pas peu fiers il y a 2 ans de nous annoncer qu’avec eux les choses allaient changer à l’Union . Des Conseils municipaux communs  comme preuve d’une volonté d’afficher des ambitions partagées pour l’aménagement et la gestion de ce nouveau quartier . Cerise sur le gâteau , la demande faite à la Région et à la Mel d’y implanter un palais omnisports d’une capacité de 6000 places .

Deux ans après , il y a loin de la coupe aux lèvres . L’aménagement du quartier marque le pas , on ne connait toujours pas les grandes lignes du nouveau schéma directeur du quartier  confié au successeur de Jean Badaroux , le précédent Directeur général de la Sem ,  la réalisation des voieries poursuit un chemin pour le moins chaotique , et les nouvelles opérations logement se font toujours attendre , comme la venues de nouvelles activités économiques .

Le CETI , la Plaine Images , les sièges de LMH et de Vinci , La Tossée , le parc Urbain et Kispta , Mercure , l’atout de la voie d’eau , pour importants qu’ils soient , restent bien isolés dans leur environnement . Il n’y pas de hasard à cette situation , en rupture avec  la stratégie des élus des majorités municipales précédentes . En réalité , l’Union n’est plus la priorité des maires actuels de Roubaix , Tourcoing , j’y ajouterais même celle du maire de Wattrelos .

La reconstruction du quartier de la Bourgogne et le centre ville pour le premier , le développement de Blanchemaille pour le second , la création d’une nouvelles centralité pour Watttrelos pour le 3ème ne jouent pas en faveur du quartier de l’Union . Mais le plus grave n’est peut-être pas là , c’est le constat du fossé qui ne cesse de s’élargir entre lille et le versant nord -Est . l’histoire se répéterait -elle ?

 

savoir garder raison !

Le rapport annuel sur la DSU et ses chiffres alarmants nous ramènent à une réalité sur laquelle la majorité municipale n’aime pas trop s’étendre , celle d’un Roubaix où  la précarité sous toutes ses formes s’aggrave . Celle-ci se rassure en communiquant à  » tout va  » sur ses réussites dans le numérique , la notoriété de ses équipements culturels , ses initiatives en matière de développement durable ( du zéro déchet à la ville nourricière ) le foisonnement de sa vie associative

Sans contester ces évolutions positives , il serait temps de revenir sur terre et de lever plusieurs contradictions .On ne peut pas se revendiquer comme la ville « des bonnes affaires  » et assister à la dégradation accélérée du commerce local.On ne peut pas ramener la rénovation urbaine à la seule réussite de la  » maison à 1e  » ou à la perspective d’une décroissance urbaine . On ne peut pas parler de la ville du futur , sans remettre au centre des priorités municipales : l’éducation alors que l’on déshabille la réforme des rythmes scolaires .On ne peut pas afficher une ambition métropolitaine en laissant en friche l’aménagement du quartier de l’Union .

Ne pas répondre à ces questions est le plus sûr moyen de marginaliser de Roubaix et d’en faire durablement une ville fracturée .La ville de Roubaix ne mérite pas ça et une telle légéreté de la part de la majorité municipale .

 

inquiétudes pour l’avenir

La majorité municipale a fait un choix : celui de privilégier une communication ,au demeurant omniprésente ,à travers le succès d’entreprises comme OVH,le démarrage de Blanchemaille ,l’opération zéro déchet,le dynamisme associatif sous toutes ses formes (sportives ,culturelles ,ou autres )la propreté urbaine ,l’écoute et la proximité avec les habitants , l’animation ,la lutte contre l’insécurité ,notamment routière ,et la place « retrouvée de Roubaix à la Mel ,au Département et à la Région.En un mot c’est formidable depuis les élections de 2014.

Laissons de côté le fait que la majorité municipale a une fâcheuse tendance à s’approprier sans vergogne des opérations ou des projets initiés par d’autres .Ce n’est pas ce qui fait question , mais le fait que la communication développée laisse de côté ou ignore un certain nombre de problèmes qui deviennent de plus en plus préoccupants .

Celui  du délabrement accéléré du commerce au centre ville comme dans les quartiers, celui du retard pris dans l’élaboration et la finalisation du prochain programme de rénovation urbaine , celui du sur place  pour ne pas dire le retard de l’aménagement du quartier de l’Union , celui du démantèlement des activités périscolaires , celui des difficultés des acteurs et des structures associatives confrontés à la réduction drastique des contrats aidés, celui d’une propreté urbaine à géométrie variable , celui enfin de l’insécurité sous toutes ses formes

La précarité progresse , les fractures de Roubaix s’élargissent , incitant celles et ceux qui le peuvent à partir ou à repartir en périphérie ou en Belgique , Roubaix quoiqu’en dise la communication officielle attire de moins en moins .Certes elle reste la ville des bonnes affaires , ses grands équipements et manifestations culturelles drainent un nombre considérable de métropolitains  , le succès de ses entreprises fait référence  , mais ces éléments ne font pas sens ou ne font plus sens pour la majorité des roubaisiens à l’écart de l’emploi , de l’accès à un logement décent , ancrée désormais dans une abstention record .

Alors un peu plus de pudeur dans l’usage de la communication , un peu plus de lucidité et de réalisme dans les plans d’actions , il y a plusieurs Roubaix , le défi qui est posé est de n’en oublier aucun c’est exactement le contraire que fait l’actuelle majorité municipale .

Un plan logementde plus ?

le Ministre de la Cohésion des Territoires et son secrétaire d’Etat Julien Denormandie viennent de présenter les grandes lignes de  la stratégie  macronienne en matière de logement ,appelée à prendre place dans la future loi « logement et mobilité  » Construire plus et plus vite , mieux utiliser le parc social , libérer le foncier , loger les jeunes en leur facilitant l’accès au logement grâce à un « bail mobilité » baisser simultanément les loyers et les aides au logement , sont les grandes lignes d’un plan logement qui voit se dresser vent debout les Fédérations nationales du logement social , en premier lieu la Fédération des Offices Publics de l’Habitat , et les associations de locataires.

Les critiques les plus sévères portent sur les conséquences de la baisse des loyers demandée aux bailleurs sociaux dont Alain Cacheux , Pdt des Offices Publics , estime qu’elle réduira de 70% leur capacité d’investissement rejoint en cela par l’autre famille de HLM qui avance pour sa part une perte de 4 milliard d’euros .Fait nouveau , un appel de 42 associations :associations de locataires , caritatives ,d’étudiants , des syndicats de salariés, signé également par l’Union Sociale de l’Habitat qui fédère les bailleurs HLM demande au Gouvernement de renoncer à ses projets .

Question de méthode le Gouvernement aurait pu mieux faire , l’annonce en plein été ,sans concertation , d’une baisse générale de l’APL associée maintenant à une baisse des loyers  a de quoi faire réagir les acteurs du logement et les locataires d’autant que les premiers ne connaissent pas les mesures de compensation envisagées par le Ministère pour leur baisse de recettes .

Il faudra mettre beaucoup d’huile de coude pour renouer un dialogue permettant de remettre dans le bon sens la politique du logement qu’entend mettre en œuvre le nouveau gouvernement., ce qui suppose une concertation qui en soit une et respecte et entende ses interlocuteurs .

Prenons acte toutefois que plusieurs mesures annoncées sont intéressantes , comme celles visant à encourager la vente de terrains ,notamment dans les zones tendues , au moyen d’exonérations fiscales exceptionnelles sur les plus -values foncières ,le desserrement des normes et des délais, et le soutien à la construction en pérennisant pour 4 ans l’avantage fiscal permis par la loi Pinel pour les acquéreurs d’un logement neuf à louer ,et le prêt à taux zéro pour les primo accédants .

Vu de la ville de Roubaix , l’annonce de de ce nouveau  plan logement ne semble pas soulever un enthousiasme particulier .On a même vu les Présidents de LMH et de Partenord relayer les critiques du monde HLM .Au delà des craintes formulées , il y a le décalage constaté entre les réalités et les priorités du terrain local et le contenu et les conséquences des mesures annoncées .Moins de moyens , ce sont moins d’actions permettant la requalification d’un parc locatif social en partie vieillissant , moins de constructions nouvelles , et moins d’ambition pour le programme de rénovation urbaine appelé à prendre la suite de l’Anru.

Que dire enfin d’une stratégie qui fait délibérément l’impasse sur la mobilisation possible de dispositifs déjà existant mais limités dans leur application , ayant pourtant fait leur preuve comme l’encadrement des loyers ?Espérons que les prochains rapports de la Fondation Abbé Pierre n’auront pas ,une fois de plus , à dénoncer l’aggravation de la crise du logement.

 

rythmes scolaires

Avant l’été , Guillaume Delbar annonçait que la ville de Roubaix ne reviendrait pas à la semaine des 4 jours pour la rentrée 2017 contrairement à plusieurs villes voisines , dans l’attente de connaître les résultats de la concertation avec les conseils d’écoles et la communauté éducative .sur les horaires et les activités périscolaires .Il faut croire que les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent ! à l’occasion des visites d’écoles de la rentrée , changement d’attitude , le même annonce le retour à la semaine des 4 jours en 2018 , et fait état d’une concertation sur l’organisation et le fonctionnement des écoles , les horaires et les activités périscolaires dont semblent exclus les conseils d’écoles , donc les parents d’élèves .

A vrai dire , Guillaume Delbar et son équipe ,non sans une  certaine démagogie , ne se sont jamais montrés d’ardents défenseurs de la réforme des rythmes scolaires en dénonçant son coût , les incertitudes supposées sur la pérennité de son financement ,en raillant la qualité et les modalités d’acces aux TAP, et en faisant peu de cas de l’investissement des services municipaux , des parents d(‘élèves et des enseignants pour leur mise en place .

L’illustration de cette approche partisane en a été le grignotage continu depuis 2014 des Temps d’Activités Périscolaires où les garderies ont pris le pas sur les clubs qui en étaient le coeur de cible . En définitive une approche et des choix en recul sur l’ambition du projet et préjudiciable à l’objectif porté jusqu’alors par les élus d’une école de qualité .

Reste enfin un problème majeur , celui de l’avenir des contrats aidés en charge des TAP , sans parler de la fragilisation des associations impliqués dans leur animation.Le tout est renvoyé à l’annonce d’une réflexion dont on ne connait ni le calendrier ,ni le contenu

Ce n’est pas du côté du nouveau Ministre de l’Education qu’il faut attendre des réponses .Le tenant de l’excellence scolaire se révèle plus sensible à détricoter les mesures de ses prédécesseurs qu’à se pencher sur le sort de celles et ceux pour qui un contrat aidé est une perspective de s’insérer durablement dans le monde du travail.

Roubaix n’a vraiment pas besoin de ces changements de cap préjudiciables aux enfants eux-mêmes dont on oublie qu’ils sont les premiers concernés.Un peu plus d’écoute , de modestie ne ferait pas de tord , mais celà est beaucoup demander à une majorité municipale qui préfère communiquer et promettre à tout va plutôt que de résoudre sur le fond des  questions essentielles pour l’avenir de Roubaix.

 

 

Un trop plein d’études.

Décidemment , l’aménagement de Roubaix offre l’occasion d’enclencher un nombre d’études diverses dont la logique , la cohérence , et le bien fondé commencent à poser problème .La dernière initiative en date est un appel d’offres lancé sous couvert de la Mel intitulé  » étude sur la ville de  Roubaix dans le cadre du nouveau programme de rénovation urbaine : stratégie d’action sur l’habitat privé ancien à Roubaix coordonnée au développement urbain et social , rien  que cela !

Une année , procédures de validation comprises , pour réaliser un diagnostic permettant de préciser les principales problématiques en matière d’habitat privé et de logement se posant dans l’ensemble des quartiers de Roubaix ,et en ce qui concerne plus particulièrement les secteurs couverts par le futur PNRU , en définir les objectifs quantitatifs , le chiffrage , les modalités de pilotage et les indicateurs de suivi , ainsi que les modalités de concertation .

Cette énième étude pose plusieurs problèmes .Le premier est celui du trop plein , puisqu’elle s’ajoute aux 13 autres études déjà finalisées ou en phase de lancement sur la ville de Roubaix .Le deuxième est de passer un temps précieux à diagnostiquer des données déjà connues de la Ville , de la Mel ou des opérateurs intervenant dans les quartiers .Le troisième est de renvoyer l’image d’une Municipalité qui faute de stratégie navigue à vue .Le quatrième est de s’interroger sur le pourquoi de l’absence d’une sollicitation renforcée des opérateurs impliqués de longue date dans le logement et l’aménagement , au lieu et place de lancer de nouvelles études .Le cinquième problème est celui de l’information et de la consultation des habitants qui semblent avoir été oubliés dans le cahier des charges de l’étude .Le sixième est que la liaison avec la ville en transition et le développement durable ait été complétement occultée .

Outre ces questions , il y a enfin dans l’énoncé de la future étude la fâcheuse impression d’une méconnaissance des actions réalisées depuis des décennies sur le parc d’habitat privé et l’habitat indigne .Vouloir changer de rythme et d’échelle , innover , diversifier l’offre de logement , traiter les flux et non plus simplement les stocks sont des objectifs que l’on peut partager , à condition toutefois de clarifier la démarche proposée.