des présences bien encombrantes !

On croyait avoir tout vu ? et bien non ! Le ministre de l’Intérieur en personne , les laeders de la droite , ceux de gauche à l’exception de Jean Luc Mélanchon , à côté du second du Rassemblement National , au rassemblement citoyen en soutien aux forces de l’ordre à l’appel de leurs organisations syndicales .Certes , les forces de l’ordre ont besoin de l’appui et de la reconnaissance de nos compatriotes au regard de la dangerosité et des difficultés grandissantes rencontrées dans l’exercice de leurs fonctions , mais fallait-il pour autant pour le ministre et les élus de la représentation nationale ajouter à la confusion en assistant à une manifestation où ils ne pouvaient ignorer qu’elle risquait en même temps de mettre en cause la Justice . Ces mêmes élus n’ont pas bronché à l’écoute des propos du secrétaire national du syndicat Alliance assénant que le problème de la police aujourd’hui était celui de la justice et que tant qu’il n’y aurait pas de justice , il n’y aurait pas de paix .

Certes le ministre de l’intérieur avait quitté les lieux de la manifestation avant ces propos , mais le mal est fait .Son attitude , celle des élus nationaux , traduisent un dangereux affaiblissement de l’Etat où la séparation des pouvoirs à tendance à s’estomper , ex les propos d’Olivier Faure proposant peut-être dans l’émotion du moment de laisser un droit de regard aux policiers sur certaines décisions de justice , avant heureusement de se reprendre .Il est plus que temps de se reprendre .

lâcheté et cynisme

La situation est de nouveau devenue chaotique à Gaza et à Jérusalem , avec son lot de victimes ses destructions ciblées , le chaos dans un terrritoire d’à peine 400 km2 où s’entasse une population de 2 millions d’habitants , tragique répétition des violences de 2014 . Les heurts entre palestiniens et police israélienne dans l’enceinte de l’esplanade des mosquées à Jérusalem Est à la fin du ramadan ont servi de détonateur à un affrontement armé entre le Hamas et l’Etat Hébreu .

Comment se résigner à assister impuissant au décompte macabre des victimes civiles palestiniennes mais aussi israéliennes , aux scènes insupportables de lynchage préludes à d’autres violences , comment ne pas s’indigner devant l’impuissance entretenue par les grandes puissances , France et Europe comprises ? Le temps des accords d’Oslo est bien loin . Avoir laissé Netanyahou jouer avec le feu , affaiblir à coups de colonies l’Autorité Palestinienne pactiser avec l’extrême droite la plus radicale , aboutit à une situation totalement ingérable et incontrôlable .

La préoccupation première de la nouvelle administration Biden est la renégociation de l’accord nucléaire avec l’Iran , ce n’est pas de ce côté que viendra une solution durable . L’Europe est empêtrée dans sa gestion de sortie de la crise du coronavirus , la voix de la France a perdu de son impact , on le voit avec le Liban , mais il y a la société civile israélienne qui ne se retrouve pas dans les partis religieux radicaux , la jeunesse palestinienne qui l’une et l’autre peuvent retrouver à moyen terme les chemins de la raison , de la construction et de la cohabitation de deux Etats , unis pour le développement de la Région . Utopie peut-être , mais il faut croire en l’utopie .

de qui le maire de Roubaix est -il l’élu ?

Une analyse récente de la revue Métropolitiques relayée par le sociologue Julien Talpin , intitulée « de qui le maire de Roubaix est-il l’élu ?  » avec pour auteurs trois chercheurs : Tristan Haute , Fabien Desage , et Remy Bretton Wilk , est passée assez largement sous les radars , et pourtant il y a beaucoup d’enseignements à retirer sur la signification du vote roubaisien aux dernières élections municipales de 2020 .

Une abstention record de 68% des inscrits , un maire élu avec 5776 voix , 4 bureaux de vote concentrés au sud de la ville autour de Barbieux représentant 6% de la population roubaisienne 8% des inscrits mais 20% des voix obtenues par le maire sortant ,1045 d’avance non compensée dans les 42 autres bureaux de vote par un sursaut du vote populaire , bien au contraire ! Aux dire des chercheurs , la permanence d’un vote de classe ;quartiers bourgeois contre quartiers populaires joue à plein en même que l’abstention est inversement proportionnelle selon que l’on habite rue Anatole France ou dans le quartier du Cul de Four .

Si ces tendances devaient s’affirmer , une alternance de majorité municipale devient plus que problématique , avec le fait qu’il faudra compter sur les conséquences de la destruction de plus de 1000 logements dans les quartiers éligibles au PNRU tarissant ainsi la source d’un vote populaire et la construction dans les quartiers sud de plusieurs centaines de logements privés accentuant encore un vote de centre ou de droite . C’est dire le challenge auquel doivent s’attaquer les forces progressistes de Roubaix ; une des clés de la réussite est le renouvellement complet des équipes et de l’offre politique et l’incarnation dans des leaders qui donnent envie.

la laicité requestionnée .

Apres la convention sur le climat , le Ségur sur la santé , le Beauvau de la Sécurité , le gouvernement a donné ,mardi 20 avril , le coup d’envoi des Etats généraux de la laïcité voulue avec insistance par Marlène Schiappa Ministre délégué auprès du Ministre de l’Intérieur chargé de la Citoyenneté . Le moins que l’on puisse dire est que l’initiative divise alors même que le projet de loi confortant le respect des principes de la République et de lutte contre le séparatisme n’a pas encore été approuvé . Les uns y voient une opération de pure communication , les autres y dénoncent un débat de plus sans portée véritable , l’occasion aussi pour la majorité de régler ses comptes avec ses oppositions et leurs supposées dérives

Il y a à prendre et à laisser dans toutes ces critiques , et ce serait injuste de jeter l’opprobre sur toutes celles et ceux , intellectuels ou non de référence , citoyens , participants aux multiples groupes de travail mis en place qui auront à donner leurs avis et ressentis sur la question essentielle qu’est la laïcité , c’est à dire notre façon d’assumer dans une société qui aujourd’hui se fracture dangereusement un vivre ensemble respectueux de nos histoires , de nos diversités et de nos croyances dans le cadre de la loi .

Occasion de prendre aussi un peu de recul et de revisiter ses classiques . Le livre de l’historien et sociologue Patrick Weil  » de la laïcité en France  » est à cet égard une manière d’éviter les contre sens et les vérités toutes faites sur la laïcité en oubliant au passage l’énorme effort de pédagogie qu’il faut remettre en place dans toute la société en commençant par l’école .

Faut-il commémorer Napoléon ?

A l’occasion du deux centième anniversaire de la mort de l’ empereur Napoléon 1er , les polémiques sont de retour sur une des figures emblématiques de l’histoire française .Pour les uns ,il est inconcevable de commémorer l’homme qui a rétabli l’esclavage aboli par la Convention en 1794 , l’autocrate assoiffé de conquêtes aussi vaines que coûteuses en vies humaines ; pour les autres il n’est pas question de passer en pertes et profits le vainqueur d’Austerlitz et le législateur à qui l’on doit le Code civil et les fondements des institutions de la République .

Le personnage est complexe voire énigmatique malgré l’immense bibliographie le concernant .Qui y a t-il de commun en effet entre le sauveur de la République face aux insurgés royalistes en 1795 , le Bonaparte du 18 Brumaire, le chef de clan familial mettant l’Europe en coupe réglée , l’exilé de Ste Hélène ? en quoi est-il ou non le continuateur de la Révolution ?Raison de plus de revisiter une époque charnière de notre histoire à la lumière de la critique historique . Commémorer n’est pas célébrer mais c’est un devoir d’éclairer les générations d’aujourd’hui et de demain sur notre histoire et de savoir et pouvoir mettre en relief ses zones d’ombre comme ses zones de lumière .

La Commune de Paris : un anniversaire bien discret .

En ces temps de Covit , l’anniversaire , le 18 mars 1871 , du déclenchement de la Commune de Paris se fait bien discret . Les 72 jours d’existence de ce mouvement insurrectionnel qui s’est terminé écrasé dans le sang lors de la « ‘semaine sanglante  » , reste encore mal connu et mal enseigné , comme enfoui dans la mémoire collective . Les droites n’en retiennent que les incendies de l’hôtel de ville et des Tuileries et les excès d’une révolte dépassée par l’activisme d’une minorité d’anarchistes ; la gauche , même si en son sein les clivages restent nombreux sur les jugements portés sur le mouvement , en a fait un de ses étendards et un de ses rituels lors de ses rendez -vous annuels devant le mur des fédérés au cimetière du Père -Lachaise .

C’est oublier un peu vite les ressorts profonds de la révolte : les conditions de vie insupportables d’une grande partie de la population parisienne conséquences du siège de la capitale par les Prussiens , le sursaut patriotique de refuser la défaite et l’amputation du territoire national négociée par le gouvernement Thiers , et l’aspiration à un idéal social de progrès aux antipodes de la majorité versaillaise pas loin de vouloir rétablir la monarchie après l’Empire .

C’est oublier les avancées politiques,sociales et féministes préconisées par le conseil de la Commune : séparation de l’Eglise et de l’Etat : constitution de coopératives à l’initiative des associations , droit au divorce pour les femmes , égalité salariale entre institutrices et instituteurs , interdiction du travail de nuit pour les boulangers etc autant de préconisations révolutionnaires dans la France de 1871 .

C’est oublier enfin la violence de la reprise en mains de la capitale par les troupes commandées par le général de Galliffet ; près de 7000 victimes dont les fusillés du mur des fédérés , et des milliers de déportes en Algérie et dans les bagnes de Nouvelle Calédonie dont Louise Michel une des icônes de la Commune . Il y a comme un paradoxe de se souvenir que Thiers a vécu jusqu’à la fin de sa vie place St Georges à quelques centaines de mètres du cimetière de Montmartre où ont été pourchassés et massacrés les derniers communards . La Commune de Paris la dernière grande révolte populaire mérite à bien des égards qu’on s’y arrête .

Rapport benjamin Stora ; on avance à petits pas .

Accueilli fraîchement par l’Algérie , c’est le moins que l’on puisse dire , le rapport et les propositions de Benjamin Stora n’ont pas suscité de commentaires particuliers de la part de son commanditaire , Emmanuel Macron . Sauf 2 événements du côté français tirés des recommandations de ce même rapport : la décision de déclassifier les archives de la guerre d’Algérie et la reconnaissance par le Président de la République de la torture et de l’assassinat de l’avocat et dirigeant nationaliste Ali Boumendjel par l’arméé française pendant la la guerre d’Algérie en 1957 .

Il semble bien qu’Emmanuel Macron sans le dire ait opté pour la politique des petits pas , à moins qu’il nous réserve quelques surprises possibles à l’accasion de l’anniversaire des accords d’Evian , le 18 mars prochain , et d’un déplacement en Algérie qui n’est pas à ce jour programmé . Permettre aux mémoires de se croiser , trouver dans la consultation des archives de guerre des réponses à la question des disparus des deux bords et au sort des harkis , est une donnée incontournable , et une incontestable avancée dans le dialogue entre l’Algérie et la France . Mais cette dernière a une autre responsabilité à ,laquelle elle ne peut échapper , celle de présenter ses présenter ses excuses pour les violences commises en Algérie jusque l’indépendance .Excuses ne signifie pas repentance , mais ma conviction est qu’il sera tres difficile sinon impossible pour l’Algérie d’entamer son travail d’introspection sur son passé sans ce geste symbolique qui pourrait permettre de fonder une véritable entre les deux bords de la méditerranée .

à ne pas dire .

Dernier en date des cafouillages verbaux de la gouvernance macronième , celui de la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Frédérique Vidal , dénonçant l’islamo -gauchisme à l’université avant de demander dans la foulée au CNRS un bilan des recherches universitaires à l’appui de ses dires . Même si la Présidence de la République a semblé prendre ses distances en rappelant l’indépendance de l’université , d’autres ministres avant Frédérique Vidal ou en même temps lui ont emboîté le pas tel Jean Michel Blanquer ou Gérald Darmanin , ce dernier brillant comme toujours dans l’outrance et la démagogie comme il l’a montré encore récemment loirs de son débat avec Marine le Pen .

Quelle tristesse de voir une ministre s’engouffrer dans une dénonciation faisant fi du respect et de l’indépendance d’une institution dont elle est le garant , et de demander au CNRS de s’autoévaluer alors qu’elle dispose de l’expertise éventuelle de l’inspection générale de l’éducation , du sport et de la recherche pour vérifier de l’état de la recherche en France . La bourde de la ministre n’en est pas une , elle est est révélatrice de la politique du « en même temps  » la marque de fabrique d’Emmanuel Macron .

Qu’il y ait des convergences coupables entre l’extrême gauche et les radicaux de l’islam politique est un fait , qu’il faille prêter attention aux inquiétudes formulées par une centaine d’universitaires dans une récente tribune sur les dangers de la progression des idéologies indigénistes , racialistes et décoloniales appellent à la vigilance , au débat et à l’évaluation , mais avec méthode , débat et responsabilité , tout le contraire de ce qu’a fait la ministre responsable d’une polémique qui n’est pas près de s’eteindre .

Leon Blum , le magnifique .

On ne l’attendait pas sur un tel sujet ! Salat – Baroux a surpris en publiant une biographie sur  » Léon Blum le magnifique  » plus précisément une biographie qui s’arrête quelques mois avant la prise de fonction de Léon Blum comme Président du Conseil . Occasion de revenir sur la place et la personnalité d’un des hommes politiques majeurs de notre histoire contemporaine .

L’histoire s’est montrée injuste à son égard ,en oubliant l’extraordinaire élan de 1936 et les conquêtes sociales sans précédent du Front Populaire , en minimisant son rôle en tant que successeur de Jean Jaurès et chef du parti socialiste , en banalisant la violence extrême dont il a fait l’objet de la part de l’extrême droite de l’avant guerre cf les insultes et les menaces de mort proférées par ex par Charles Maurras et son agression en Février 1936 par des camelots du roi et des membres de l’action française , en évoquant assez peu ses tribulations durant le conflit mondial : internement au fort du Portalet , déportation en Allemagne .

Léon Blum était un homme d’une immense culture , en avance sur son temps en matière d’égalité homme-femme , convaincu des valeurs de solidarité et de progrès social , demeuré marxiste dans ses analyses mais profondément attaché au respect de la démocratie . un homme qui mérite le respect .Le livre de Salat -Baroux nousen donne l’occasion .

à propos du rapport de benjamin stora .

Benjamin Stora a remis la semaine dernière son rapport sur la réconciliation mémorielle entre la France et l’Algérie que lui avait demandé Emmanuel Macron il y a quelques mois .Repoussée à plusieurs reprises , la publication de ce rapport est un événement d’importance pour les 7 millions d’habitants en France ( pieds-noirs , harkis , appelés , immigrés ) liés personnellement ou familialement à l’Algérie .En évitant d’entrée de jeu toute référence à la repentance , Benjamin Stora a opté pour la présentation d’une vingtaine de propositions susceptibles comme le mentionnait l’éditorial du journal le Monde en date du 14 janvier  » d’aider à créer des ponts entre des mémoires blessées ou conflictuelles , à sortir des dénis et des mensonges , à admettre la complexité de la guerre d’Algérie et à permettre à la société française de reconnaître l’héritage d’un passé dans toute sa complexité  » .

La mise en place proposée d’une commission « mémoire et vérité » réunissant des responsables et des membres de la société civile des deux pays impulsant des initiatives mémorielles communes est une des mesures à même de faire bouger les lignes , mais nul doute que le chemin sera long , car on bute depuis des années dans les rapports entre la France et l’Algérie sur une question lancinante : celle de la repentance et des excuses qu’il faudra bien trancher faute de quoi le travail mémoriel perdra en densité et en portée politique .

La conquète de l’Algérie , sa colonisation , la guerre de 1954 à 1962 dessinent une histoire singulière faite de drames , de massacres , et de dérives qui justifient les excuses publiques de la République . C’est à ce prix que la France pourra nouer avec l’Algérie une relation de confiance fondée sur un traité d’amitié donnant une nouvelle impulsion aux relations entre les deux Etats et leurs habitants .