Leon Blum , le magnifique .

On ne l’attendait pas sur un tel sujet ! Salat – Baroux a surpris en publiant une biographie sur  » Léon Blum le magnifique  » plus précisément une biographie qui s’arrête quelques mois avant la prise de fonction de Léon Blum comme Président du Conseil . Occasion de revenir sur la place et la personnalité d’un des hommes politiques majeurs de notre histoire contemporaine .

L’histoire s’est montrée injuste à son égard ,en oubliant l’extraordinaire élan de 1936 et les conquêtes sociales sans précédent du Front Populaire , en minimisant son rôle en tant que successeur de Jean Jaurès et chef du parti socialiste , en banalisant la violence extrême dont il a fait l’objet de la part de l’extrême droite de l’avant guerre cf les insultes et les menaces de mort proférées par ex par Charles Maurras et son agression en Février 1936 par des camelots du roi et des membres de l’action française , en évoquant assez peu ses tribulations durant le conflit mondial : internement au fort du Portalet , déportation en Allemagne .

Léon Blum était un homme d’une immense culture , en avance sur son temps en matière d’égalité homme-femme , convaincu des valeurs de solidarité et de progrès social , demeuré marxiste dans ses analyses mais profondément attaché au respect de la démocratie . un homme qui mérite le respect .Le livre de Salat -Baroux nousen donne l’occasion .

à propos du rapport de benjamin stora .

Benjamin Stora a remis la semaine dernière son rapport sur la réconciliation mémorielle entre la France et l’Algérie que lui avait demandé Emmanuel Macron il y a quelques mois .Repoussée à plusieurs reprises , la publication de ce rapport est un événement d’importance pour les 7 millions d’habitants en France ( pieds-noirs , harkis , appelés , immigrés ) liés personnellement ou familialement à l’Algérie .En évitant d’entrée de jeu toute référence à la repentance , Benjamin Stora a opté pour la présentation d’une vingtaine de propositions susceptibles comme le mentionnait l’éditorial du journal le Monde en date du 14 janvier  » d’aider à créer des ponts entre des mémoires blessées ou conflictuelles , à sortir des dénis et des mensonges , à admettre la complexité de la guerre d’Algérie et à permettre à la société française de reconnaître l’héritage d’un passé dans toute sa complexité  » .

La mise en place proposée d’une commission « mémoire et vérité » réunissant des responsables et des membres de la société civile des deux pays impulsant des initiatives mémorielles communes est une des mesures à même de faire bouger les lignes , mais nul doute que le chemin sera long , car on bute depuis des années dans les rapports entre la France et l’Algérie sur une question lancinante : celle de la repentance et des excuses qu’il faudra bien trancher faute de quoi le travail mémoriel perdra en densité et en portée politique .

La conquète de l’Algérie , sa colonisation , la guerre de 1954 à 1962 dessinent une histoire singulière faite de drames , de massacres , et de dérives qui justifient les excuses publiques de la République . C’est à ce prix que la France pourra nouer avec l’Algérie une relation de confiance fondée sur un traité d’amitié donnant une nouvelle impulsion aux relations entre les deux Etats et leurs habitants .

une charte tant attendue .

Il y a quelques jours , les 9 fédérations composant le Conseil français du culte musulman se sont entendus sur le texte d’une charte des principes de l’Islam ouvrant le chemin à la constitution d’un Conseil national des imans . N’en déplaise aux grincheux de service , cette charte est un événement historique dans les rapports de l’Etat avec l’islam de France et ses représentants .La reconnaissance de la compatibilité de la foi musulmane avec les principes de la République , dont la laïcité , l’affirmation du principe d’égalité homme -femme , et de celui de la liberté de conscience et de religion ont le mérite d’être claires .

Mais le chemin pour un Islam de France , indépendant des ingérences des Etats dans l’exercice du culte musulman , demandera d’autres clarifications : celle d’abord d’une recomposition du CFCM de façon à en assurer une représentation aujourd’hui toute relative , celle ensuite de la signature par l’ensemble des fédérations composant le CFCM de la charte , celle enfin de l’appropriation par les fidèles du culte musulman des principes adoptés par leurs représentants .

Nul doute que les débats vont être intenses dans les mosquées .Mais sachons saluer l’aboutissement d »une démarche entreprise depuis 2003 , année de la création du CFCM . Il n’y a pas que des mauvaises nouvelles dans ce monde bien complexe dans lequel nous vivons .

un pan d’histoire de roubaix oublié !

Un récent article de NE et de la VDN sur le couvent de la visitation et son projet de transformation , jette une lumière sur un pan d’histoire de Roubaix : celui de l’essor des institutions religieuses liées ou non à l’enseignement dans la période allant de 1880 à 1914 , au moment de l’essor industriel de Roubaix La ville a vu alors se construire ou s’établir plusieurs couvents : celui des Clarisses dans le quartier de l’Epeule , des Dominicaines à Barbieux dans ce qui deviendra le lycée Beaudelaire après la séparation de l’Eglise et de l’Etat , des soeurs de la Visitation dans le couvent du même nom dans le quartier de l’hommelet , et celui des franciscains dans le quartier du Cul de Four , dans un bâtiment à l’église St François .

A ces congrégations venues s’installer à Roubaix , pour certaines à l’initiative de fidèles et de particuliers liés aux milieux industriels , s’ajoutent d’autres établissements comme celui des petites soeurs de pauvres rue st jean , maison de retraite en activité jusque 1999 , ou l’implantation des soeurs du st sauveur d’Oberbronn place de la Liberté dans des locaux aujourd’hui occupés par la maison des associations , et celles des soeurs de la ste famille , rue de Lille , dans ce qui deviendra ultérieurement le foyer de l’Oasis et de la compagnie des filles de la charité au 127 bd de Strasbourg .

Contemplatives ou impliquées dans des activités d’accueil, de soins , d’accompagnement de publics souvent très modestes , ces congrégations aujourd’hui disparues à quelques exceptions près , ont marqué de leur empreinte l’histoire contemporaine de Roubaix . Leur histoire reste encore à écrire .

l’élargissement de la rénovation urbaine confirmé pour le quartier du Pile .

J’avais déjà eu l’occasion de m’exprimer sur mon blog en octobre 2020 sur l’élargissement du projet urbain concernant le quartier du Pile . L’engagement confirmé de l’Anru sur ce quartier en plus du programme déjà mis en oeuvre depuis 2012 par l’intermédiaire du PMRQAD avec l’aide de la Fabrique des Quartiers , est en soi une bonne nouvelle , mais les questions formulées alors demeurent , notamment trois d’entre elles .

La première concerne la concertation . Le confinement n’a pas permis l’organisation des réunions publiques de présentation du programme de rénovation et la concertation avec les habitants du quartier , il est impensable toutefois de ne pas offrir un dispositif de travail et de communication qui pallie à ce déficit .La deuxième est liée à l’absence dans le choix des sites du périmètre délimité par la rue du Pile , la rue Molière , le Bd de Mulhouse et la rue Hoche , certes moins dense que celui des rues Thiers et Lafayette mais qui offre un vrai potentiel .La troisième est la question des liaisons avec le canal , l’aménagement du Pile ne peut se réfléchir sans prendre en compte cette dimension .

Il serait dommage de faire l’impasse sur ces questions pour un projet urbain qui va modifier en profondeur le Pile et qui va s’étaler sur une bonne dizaine d’années .

Giscard d’Estaing et Macron : frères siamois !

La disparition de Giscard d’Estaing s’est accompagnée de plusieurs rétrospectives sur sa carrière politique , et sa Présidence . Tant les historiens que les commentateurs politiques et journalistes , n’ont pas manqué de mettre en relief les similitudes entre Giscard et Emmanuel Macron : jeunesse , même appartenance à l’élite , sensibilité réciproque aux questions de société , libéralisme en matière économique , ouverture à l’Europe , volonté de modifier les codes politiques , et pour l’un comme pour l’autre la confrontation à des crises majeures : le choc pétrolier et la fin des 30 glorieuses pour Giscard , la crise des gilets jaunes , le terrorisme et la covid 19 pour Emmanuel Macron .

S’il est vrai que les comparaisons s’imposent , il y a aussi beaucoup de divergences entre les deux hommes . de milieu social d’abord , Giscard était issu de la grande bourgeoisie ce qu n’est pas E. Macron d’extraction plus modeste , de bilan politique ensuite . Les réformes sociétales de Giscard ( on en redécouvre aujourd’hui l’importance dans notre vie quotidienne ) ont été majeures, celles d’E.Macron se limitent à l’extension de la PMA , la réforme des retraites qui devait être la mère des réformes se trouve reportée à des jours meilleurs , pour ne pas dire enterrée purement et simplement .La politique du « en même temps  » d’E Macron se heurte au même scepticisme que la volonté de Giscard en son temps de gouverner au centre pour mieux rassembler . Et l’on pourrait multiplier les exemples sur l’Europe et la politique étrangère , où les comparaisons ne plaident pas en faveur de Macron .

Giscard jusqu’au bout était persuadé de gagner face à Mitterand en 1981 , à l’approche de la prochaine échéance présidentielle , E. Macron peut commencer à douter . Faute d’adversaires crédibles à gauche ( sauf si Anne Hidalgo se décide) comme à droite , il peut estimer avoir le champ libre , sauf que la gestion du covid pèsera lourd dans la balance et le conduire aux mêmes déconvenues de Giscard , ou alors préféra t-il ne pas se représenter contraint et forcé comme F. Hollande ? ironie de l’histoire !

savoir balayer devant sa porte avant de parler .

Il ne se passe pas de jour sans que l’on parle de Roubaix dans les médias , un jour le zéro déchet , un autre la mise en exergue du Maire en tant que 1er signataire de l’appel à une relance de la politique de la ville , un autre encore à propos de la distribution devant l’hôtel de ville de vêtements et de biens de première nécessite , aujourd’hui sur une chaîne télévisée sur le bilan de la maison à 1e , quand ce n’est pas pour vanter l’imagination créatrice de la ville à transformer son patrimoine industriel . Il ne ds’agit pas de faire la fine bouche sur des reportages qui rompent avec la vision longuement répétée de la ville la plus pauvre de France , mais à forcer le trait on en oublierait quelques vérités

Ainsi , si j’apprécie que le Maire de Roubaix soit à la pointe du combat pour une relance de la politique de la ville , je ne peux pas ne pas rappeler que Roubaix ne donne pas l’exemple pour son projet de PNRU qui , à ce jour n’est toujours pas finalisé , de même pour l’affection et les priorités de sa dotation de solidarité urbaine pour le moins contestable quand les bénéficiaires ne sont pas les quartiers en politique de la ville . Revendiquer des moyens exceptionnels c’est bien , mais c’est oublier en même temps que la ville n’est pas forcement la plus mal lotie dans les politiques publiques de toute nature et qu’elle a à ce titre à s’interroger sur sa stratégie et ses méthodes d’action.

Autre illustration du décalage entre réalité et communication : la maison à 1e , pour intéressante que soit l’expérimentation , elle ne peut résumer à elle seule la politique de réhabilitation et on aimerait que le même écho et encouragement soient données aux actions de réhabilitation menées par ex dil auans les différentes opérations programmées d’amélioration lancées sous l’égide de la Mel .Pour en revenir à la maison à 1e , il aurait été tout aussi utile à se battre pour permettre aux futurs propriétaires à ppouvoir bénéficier de l’APL accession , ce qui n’a pas été exploré .

La majorité municipale n’est pas non plus à une contradiction près quand elle mélange voyeurisme et communication .La distribution devant l’hôtel de ville de biens de consommation et de vêtements n’est pas seulement une attitude de mépris et de manque de respect pour les habitants de Roubaix en situation de précarité mais l’exact contraire de la réalité que veut cacher la majorité municipale , celle d’une ville fracturée plus que jamais à 2 vitesses .

On aimerait plus de retenue et de décense , mais ce n’est manifestement pas le chemin qu’entendent emprunter les élus de Roubaix , élus d’une ville qui leur échappe .

Trop c’est trop !

Il ne se passe pas de jour sans que l’actualité ne soit émaillée de l’évocation de violences policières: évacuation musclée de la Place de la République , tabassage du producteur Michel Zecler , sans parler des propos sévères de la Défenseure des droits , Claire Hédon trouvant choquant que les poursuites judiciaires réclamées par son institution n contre des policiers, notamment dans le cadre de l’affaire Théo, n’aient jamais été engagées .

Le mal est profond , et il ne date pas d’hier . Sont en cause les multiples changements de stratégie en matière de maintien de l’ordre , la chaîne de commandement qui pose clairement la responsabilité du Préfet de Police , et de façon de plus en plus claire celle du Ministre de l’Intérieur . On ne peut pas nier l’intelligence de ce dernier , malheureusement gâchée par un opportunisme et une ambition qui rendent de moins en moins audibles ses références à son parcours personnel et le rappel constant à son républicanisme .

sauf , qu’à vouloir trop en faire , en campant un personnage qui rappelle de plus en plus Nicolas Sarkozy , il s’éloigne de ce que doit être un Ministre de l’Intérieur , un garant des droits et des lois de la République en même temps qu’un défenseur de l’ordre public et d’une autorité sans complaisance .Gérald Darmanin s’éloigne à grands pas de ce modèle qu’avait su incarner en son temps Jean Pierre Chevènement , il est devenu le ministre de l’intérieur des syndicats de police et de leurs revendications .Les palinodies à propos de l’article 24 du projet de loi sur la sécurité globale traduisent un basculement inquiétant

La situation est grave , elle impose de la part du Président de la République des réponses qui rétablissent la confiance : suppréssion de l’article 24 , réforme de l’IGPN , démission du Ministre de l’Intérieur , mais je doute fort qu’il s’impose un tel désaveu .

Roubaix contraste

Il est souvent question de Roubaix ces temps ci dans les médias , conséquence d’une politique de communication assumée et développée par la majorité municipale depuis ces dernières années . la dernière séquence en date est un 6 minutes sur Roubaix , ses trésors cachés et leurs métamorphoses .Qui se plaindrait de la mise en lumière de tous ces lieux liés au passé industriel de la ville qui reprennent vie et en assurent la notoriété sous des formes les plus diverses .Il y a en même temps une vraie fierté à ce que soient ainsi montrées les capacités de résilience de la ville par rapport à son passé , sa modernité et sa créativité .

Reste que Roubaix restera encore longtemps une ville de contrastes , celle d’une ville où comme le disait souvent André Diligent , le Bronx côtoie Manhatam où la précarité continue de progresser et les fractures de s’élargir entre quartiers populaires et secteurs résidentiels . La question centrale est de savoir comment réduire à l’avenir ce contraste qui peut devenir à tout moment explosif .Les premiers pas de la nouvelle majorité me laissent sceptique àn cet égard .

Quartier du Pile , un projet urbain élargi .

Le quartier du Pile , déjà concerné depuis 2012 par le PMRQAD va l’être par le PNRU , telle est du moins l’intention de la ville de Roubaix .Celle-ci entend ainsi élargir le projet urbain à plusieurs îlots situés à proximité de la Condition Publique ( Cité Flipo et ex locaux de la Solidarité ) et aux logements des rues Thiers et Lafayette dont la destruction permettrait une ouverture sur la rue Lalande de façon à désenclaver le quartier , ajoutée à un objectif renforcé de la rehabilitation , le projet urbain du Pile prend une nouvelle dimension , mais ce n’est pas sans poser plusieurs questions .

La première est la réponse des instances de l’Anru l’intégration du quartier du Pile dans le PNRU roubaisien alors même que le quartier du Pile est déjà engagé depuis plusieurs années dans la mise en oeuvre du PMRQAD .La 2ème question porte sur le choix des sites . Le désenclavement du quartier est certes coherent avec la démolition envisagée des logements des rues Thiers et Lafayette , mais il s’agit là d’un habitat majoritairement composé de propriétaires occupant très modestes qui auront beaucoup de difficultés à trouver des solutions alternatives .

La 3ème question comporte une interrogation sur le fait que le projet urbain du Pile revisité reste bien vague sinon muet sur les liaisons du quartier avec le Canal et sur les terrains situés de l’autre côté du Bd Beaurepaire , et n’aborde pas l’avenir du périmètre délimité par la rue du Pile , le bd de Mulhouse et la rue Hoche ou est implanté le service municipal des espaces verts .

la 4ème question porte sur les modalités et les dispositifs de concertation . L’ampleur du projet et sa durée plaide pour revisiter les dispositifs de concertation et de redonner du souffle et du contenu à la maison de projet et à son animation , bref de réinventer une Table de quartier , lieu de et de débats .Sans compter qu’il faudra gérer le facteur temps , la restructuration d’un quartier s’étale sur 15 à 20 ans , le temps des habitants sur le court terme .